samedi, février 14, 2015

Assia Djebar au delà des controverses algériennes...



"La vérité ne se dégage pas de la polémique, mais des oeuvres qu'on a faites" ( Paul Gauguin). 

À contre-courant des polémiques et des "fitna" intellectuelles et ou politiques, j'atteste  que Assia Djebar eut droit à des obsèques officielles, organisées sur ordre du Gouvernement. Cercueil recouvert du drapeau algérien, transporté par des éléments de la Protection civile, et une dernière haie d' honneur.

La romancière et membre de l' Académie Française,  de son vrai nom Fatma-Zohra Imalayène, née le 30 juin 1936 à Aïn Bessam ( Bouira, en Algérie)  décédée, après une longue maladie,  le 6 février 2015 à Paris, a été inhumée, hier matin, au cimetière de Cherchell. Cette commune de Tipaza, n'est certes pas, sa ville natale, mais néanmoins, une des sources de son inspiration littéraire, notamment son premier film de fiction en 1978 - "La nouba des femmes du Mont Chenoua", produit par la télévision algérienne. Coïncidence ou pas, elle reposera désormais,  plus ou moins loin,  de la stèle érigée en hommage à l'endroit ou Albert Camus aimait à se tenir...

 Pour ma part, je n'ai pu me rendre à Cherchell, pour ses obsèques, mais j'étais présente à l' hommage qui lui fut rendu au Palais de la Culture, jeudi dernier. Nous étions près d' une centaine de personnes, du monde des arts et des lettres ainsi que de la politique et des Associations pour les droits des femmes, à nous recueillir devant la dépouille de la défunte. Parmi ces personnalités, je cite celles que je connais, telle la ministre de la Culture Nadia Labidi, l'Ambassadeur de France, l'Ambassadrice du Chili,  l'ex-ministre et écrivaine Zhor Ounissi, Amina Dabache directrice du quotidien arabophone "El Chaab", la leader du PT, Louisa Hanoune, etc.

Cependant, que la plus intense émotion qui me fit venir les larmes aux yeux , fut au moment où je présentai mes condoléances à la famille, dont sa mère Baya, une extraordinaire dame presque centenaire, à l'esprit vif, qui me fixa d'un regard étincelant d' intelligence, en me disant: " Merci... Aïcha Lemsine, oui, je vous connais.. Assia m'avait parlée de vous." 
  
Soudain des souvenirs refluèrent en force... Cet article du journal  "le Monde" en 1976, de Françoise Wagener, au sujet de mon premier roman -  avec cette phrase: " La Chrysalide", que son aînée, Assia Djebar, a aimé...". Elle avait donc été ma "première" lectrice!!!

Par la suite, je l'avais rencontrée , au cocktail de promotion de mon livre, organisé par mes éditrices à Paris. Elle était là, belle, sympathique et chaleureuse,  découvrant avec enthousiasme, cette toute nouvelle "Edition des Femmes" qui faisait  alors, beaucoup parler d' elles, et chez qui, elle publiera quatre années plus tard, "Femmes d'Alger dans leur appartement" - nouvelles  (1980). 

 Puis,  durant les années 90, aux Etats-Unis, où j'étais correspondante "diplomatique", pour "The Washington Report on Middle East Affairs " en même temps, que vice- présidente du "Women'World Writers" ( organisation mondiale des femmes écrivains) basée à New-York, je la croiserai une deuxième fois... Peu après,  j'avais quitté les States, et ce fut à son tour d'y vivre... 

C'est ainsi que nous nous étions perdues de vue, jusqu'à ce triste jour de son décès. C'était une voix qui était aussi, mienne, dans le sens, où Assia Djebar avait  étrangement, continué et développé les thèmes de mes livres ( la Chrysalide: 1976) et mon essai sur le monde Arabe et l' Islam :  "Ordalie des Voix" - Les femmes Arabes parlent " - ( Paris- 1982).

Et voilà qu'après tant d'années, elle est là, sans vie , mais "immortelle", beaucoup plus sûrement à travers sa formidable oeuvre littéraire, que par la grâce l'Académie française- qui comme chacun sait, obéit surtout au "politiquement correct", sinon à des intérêts politiques conjoncturels... D'autant plus que contrairement au Prix Nobel, cette "distinction" française  coûte trop chère. Car il faut savoir que la confection de l’habit d'apparat à 35 000 euros, et l'épée  jusqu'à 100 000 des  membres de cette illustre aéropage est à la charge du nouvel entrant... 

Ceci pour rappeler, que rien ne dure, pas même le bruit de la renommée, sauf la voix de la conscience qui demeure empreinte dans les écrits de l'écrivain, du poète, et dans la mémoire de ceux de qui, on a réussit à se faire aimer. 

À l'image de ces femmes, largement majoritaires dans la salle, qui ont accueilli tes restes mortels,  en scandant des "youyous"... avec  ce moment bouleversant,  quand la lourdeur de la peine, qui pesait dans l'air, fut déchirée par la voix pure de Djoher Amhis, entonnant les merveilleux chants religieux berbères de Taos Amrouche. 

En vérité, quoi qu'en disent les sempiternels faiseurs de polémique, l'Algérie t'a rendu les honneurs qui te revenaient de droit. Et cela, non, pour l'octroi prodigieux de tes prix et médailles étrangères, mais pour avoir  été, une écrivaine qui aura glorifié la grandeur et aussi la misère de notre pays; écrit  la parole forte et résistante des femmes algériennes contre les lois injustes d' un patriarcat toujours aux aguets,  en les faisant connaître par delà nos frontières.  Tout cela, dans une pensée plurielle de toutes les écrivaines algériennes, comme tu le reconnaissais toi-même dans ces mots: 
" J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie".
 Que Dieu ait ton Âme, Assia - Fatma-Zohra, et que la terre te soit légère.
     نا لله وإنا إليه راجعون

 ولا حول ولا قوة إلا بالله العلي العظيم

mercredi, janvier 07, 2015

Attentat à Charlie Hebdo: Comment tout a commencé

CARICATURES DU PROPHETE: Une manipulation néo-conservatrice ? par Gilles Munier (Pour mémoire : AFI-Flash n°55 – 15 février 2006)
Attentat à Charlie Hebdo: Comment tout a commencé 
Des ambassades et des consulats du Danemark attaqués ou en flammes, des drapeaux danois brûlés par des manifestants en colère, des journalistes et des caricaturistes menacés de mort, le corps expéditionnaire danois en Irak calfeutré dans ses bases, des appels au boycottage des produits danois, norvégiens, français… Les extrémistes néo-conservateurs danois, américains, israéliens - ou autres - peuvent se frotter les mains : avec la publication des caricatures insultantes du Prophète Muhammad dans le Jyllands-Posten, relayée quatre mois plus tard par France-Soir et Charlie Hebdo, ils ont donné aux opinions publiques occidentales un avant goût du « Choc des civilisations ». Le bombardement préventif de l’Iran ou la Syrie, accusés par Condoleezza Rice de souffler sur les braises, est plus que jamais à l’ordre du jour.
La crise provoquée le 30 septembre 2005 par le quotidien Jyllands-Posten aurait pu se limiter au cadre danois. Il suffisait que des excuses sincères soient présentées aux musulmans du pays dans les jours qui suivaient. Mais c’est l’inverse qui s’est produit : les démarches des organisations musulmanes locales se sont heurtées à un mur de dédain ou d’arrogance. Le 20 octobre, le Premier ministre libéral Anders Fogh Rasmussen a fait savoir aux ambassadeurs de 10 pays arabes qui voulaient le rencontrer pour protester, qu’il n’avait pas le temps de les recevoir.
Quelque chose de pourri au Royaume du Danemark
Le Jyllands Posten n’a pas d’équivalent en France. C’est un quotidien xénophobe, voire raciste. Il mène des campagnes incessantes contre les immigrés musulmans, et entretient au Danemark un climat exécrable. Pour le rédacteur en chef de Politiken - autre quotidien danois – la publication des caricatures du Prophète n’avait pas d’autre but que « d’offenser, de conspuer la minorité musulmane » (1). La rédaction du quotidien l’avait d’ailleurs dit clairement à l’époque, avant qu’elle ne se retranche derrière la liberté d’expression.
Flemming Rose, responsable de la page « Kulture » du journal, est un proche de Daniel Pipes, néo- conservateur considéré aux Etats-Unis comme le principal théoricien de l’islamophobie (2). Il lui a d’ailleurs consacré en 2004 un article louangeur sous le titre « La menace islamiste »… (3)
Daniel Pipes, très apprécié de George W. Bush, Dick Cheney et Paul Wolfowitz, dirige le Middle East Forum, un think tank dont le but est de « promouvoir les intérêts américains au Proche-Orient ». Sa grande idée a été la création de Campus Watch, un observatoire dénonçant les professeurs qui ne sont pas assez pro-israéliens à son goût. C’est en effet un fervent propagandiste d’Israël, de tendance ultra sioniste, c'est-à-dire reprochant à l’Etat hébreu ne pas réprimer suffisamment les Palestiniens. Pour lui les fondamentalistes musulmans sont des « tueurs potentiels » qu’il faut éliminer.
Il est l’auteur d’un article alarmiste intitulé « Les musulmans arrivent ! Les musulmans arrivent ! », publié en novembre 1990 dans la National Review, où il affirme que « les sociétés d’Europe occidentale ne sont pas suffisamment préparées à une immigration massive de gens à la peau mate, cuisinant des plats étranges et n’appliquant pas vraiment les normes d’hygiène allemandes ».
Excuses de circonstance
Excédés par le comportement méprisant des autorités, les organisations musulmanes danoises ont interpellé l’Umma - la communauté des Croyants - à travers ses représentants officiels. Des délégués ont été envoyés au Caire par l'imam Ahmed Abou Laban, proche des Frères musulmans, pour demander à Amr Moussa, Secrétaire général de la Ligue arabe, et au Cheikh Mohammed Sayyed Tantaoui, Grand imam de l’Université d’Al-Azhar, de réagir. Puis, le 6 décembre, Ahmed Akkari, porte parole d’un regroupement de 27 organisations musulmanes danoises, a remis les caricatures aux représentants de 57 pays réunis à La Mecque pour le sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), parmi lesquels le roi Abdallah d’Arabie et le président iranien Mahmoud Ahmadinejad (4).
Les libéro- conservateurs danois sont restés sourds aux protestations des Etats musulmans. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que pour le Parti populaire danois (Dansk Folkeparti - 13,3% des votes- 24 députés), qui les soutient au Parlement, les musulmans sont au Danemark pour le « conquérir, comme ils l’ont fait ces 1400 dernières années »(5). Pour ceux qui en doutaient encore, la provocation est devenue claire lorsque le Jyllands-Posten a autorisé la revue chrétienne norvégienne Magazinet à republier les caricatures le 10 janvier… pour l’Aïd Al-Fitr, la plus grande fête musulmane.
D’ailleurs, si le 30 janvier, Carsten Juste, directeur du Jyllands-Posten, a fini par « s’excuser », c’est uniquement parce que les intérêts commerciaux du Danemark, et la vie de Danois, sont en jeu. Et, il l’a fait de façon peu convaincante (6). Il a prévenu que c’était des « excuses » de circonstance, et que d’autres caricatures seront publiées, si besoin est. Le texte de sa déclaration publié en arabe sur son site ne trompe pas : il est différent de celui traduit en français (7).
French Connection
Les excuses hypocrites de Carsten Juste, puis celles du Premier ministre danois, auraient pu calmer le jeu et l’affaire prendre un autre cours si France-Soir n’avait pas relancé la campagne islamophobe et, par voie de conséquence, ajouter la France aux pays « blasphémateurs ». Comme Vebjoern Selbekk de Magazinet, Serge Faubert, rédacteur en chef de France-Soir, savait ce qu’il faisait en publiant les caricatures du Prophète. Au Proche-Orient ses amitiés sont pro-israéliennes et il est connu pour assimiler toute critique de l’idéologie sioniste à de l’antisémitisme. Pourquoi Rami (Raymond) Lakah, l’homme d'affaires franco-égyptien propriétaire du quotidien, a limogé le Pdg Jacques Lefranc en lui reprochant d’avoir porté atteinte aux «croyances et [aux] convictions intimes de chaque individu», alors que ce dernier était hostile, selon divers témoignages, à la publication des caricatures ?
France-Soir et Charlie Hebdo qui l’a imité, ne voulait pas seulement faire du coup publicitaire pour augmenter leur tirage ou alors il faudrait qu’ils expliquent ce qu’a à voir la recherche du profit à tout prix avec la déontologie journalistique. Dans cette affaire la liberté d’expression a bon dos et l’invocation des mannes de Voltaire par France-Soir relève de la crapulerie (8). L’incitation à la haine religieuse – c’est uniquement de cela qu’il s’agit - est le fond de commerce des néo-conservateurs et des extrémistes israéliens qui entraînent le monde dit chrétien dans une nouvelle croisade contre l’islam.
Deux poids, deux mesures
Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a finalement porté plainte contre les médias ayant reproduit les caricatures du Prophète. Tant mieux, mais on doute qu’ils soient condamnés. En France, l’islamophobie se porte bien. L’écrivain Michel Houellbecq n’a-t-il pas été définitivement relaxé par la justice après avoir déclaré en 2001 au magazine Lire : « La religion la plus con, c'est quand même l'Islam » ; et Alain Finkielkraut, « philosophe » d’une certaine gauche française, n’a-t-il pas dit au quotidien israélien Haaretz (18 novembre 2005), sans être ensuite ostracisé: « Malgré tout ce que la France a fait pour eux les fils d’immigrés islamiques la haïssent. C’est comme çà dans leur culture. […] Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’Islam» ?
Le 31 janvier, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, avait raison de déclarer que la presse européenne "observe deux poids, deux mesures" envers l'islam et le judaïsme parce qu’elle «craint d'être accusée d'antisémitisme, mais invoque la liberté d'expression lorsqu'elle caricature l'islam». Il ne faut surtout pas croire que les musulmans sont les seuls à partager cette analyse.
Notes :
(1) Interview sur Europe 1 (1/2/05).
(2) Daniel Pipes, expert de la haine – http://www.voltairenet.org/article13765.html
(3) The threat of islamism, par Flemming Rose (Jyllands-Posten – 29/10/04)
(4) How a meeting of leaders in Mecca set off the cartoon wars around the world, par Daniel Howden (The Independant 10/2/06)
http://news.independent.co.uk/world/middle_east/article344482.ece
(5) Déclaration de Soren Krarup, prêtre a la retraite porte-parole du Dansk Folkepart.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Islamophobie#Au_Danemark
(6) Le dilemme du rédacteur en chef, interview de Carsten Juste, par Pierre Collignon (8/2/06)
http://www.jp.dk/udland/artikel:aid=3548096:fid=11332
(7) Le Phare – Blog de Gérard Klein – qui suit le développement de cette affaire avec beaucoup d’objectivité. http://gklein.blog.lemonde.fr
(8) France-Soir titrait en Une le 2 février : « Au secours Voltaire, ils sont devenus fou » !*
*Nota : Le journaliste ignare de service ce jour-là à France Soir ignare ne savait pas que Voltaire, mieux informé sur ce qu'est l'islam, avait écrit en 1770 :
« Dans cette prodigieuse étendue de pays [terres gouvernées par le Koran] il n’y a pas un seul mahométan qui ait le bonheur de lire nos livres sacrés et très peu de littérateurs parmi nous connaissent le Koran. Nous nous en faisons presque toujours une idée ridicule, malgré les recherches de nos véritables savants. L’Alcoran passe encore aujourd’hui pour le livre le plus élégant et le plus sublime qui ait encore été écrit dans cette langue. Nous avons imputé à l’Alcoran une infinité de sottises qui n’y furent jamais" .
Cité en février 2004 par Alain Gresh dans « A propos de l’islamophobie « » (Oumma.com- 11/10/14)

lundi, décembre 22, 2014

Soutien à Kamel Daoud... NON à la présence de BHL parmi les signataires!

L'encombrant soutien du sioniste Bernard -Henri Lévy avec à sa traîne le lobby sioniste de France, est une nouvelle aussi répugnante et intolérable que les menaces de mort d' un imam salafiste contre l'écrivain Algérien Kamel Daoud! Le philosophe raté a toujours justifié les attaques d' Israël contre Gaza-Palestine. Mais aussi, cet imposteur intellectuel et belliciste fanatique quand il s'agit d'Israël, n'a-t-il pas déclaré que "ces printemps arabes, c'est bon pour Israël !"   L'appui de ces intellectuels /les  islamophobes français,  aussi équivoque, que cynique avec Kamel Daoud, déshonore principalement l'écrivain algérien, ainsi que l' Algérie des hommes et des femmes d' honneur en lutte contre les intégristes de tous bords
                                 *** Aujourd'hui, l'Algérie qui a connu les affres "de la décennie sanglante dans les années 90, se doit de s' élever contre cet appel au meurtre lancé par Abdelfatah Hamadache, qui se présente comme le chef du Front de l’éveil salafiste libre,  contre Kamel Daoud! Je me solidarise donc, avec mon collègue écrivain, quelles que soient les critiques que je puisse faire  à son roman. Je ne suis pas d'accord avec sa perception de l'Algérie, de son peuple, de l'Islam  et de la cause Palestinienne, mais je soutiens sans réserve sa liberté d’opinion et son droit à la vie . C’est d’ autant plus abominable que cette appel au meurtre,  proféré par Mr Hamadache, est brandi au nom de l’Islam !  

Quand on sait que dans le Coran, ( 5:32) il est dit : "Celui qui a tué un homme qui lui-même n'a pas tué, qui n'a pas commis de violence sur terre, est considéré comme s'il avait tué tous les hommes",(Coran 5:32) -   c’est lui-même qui se condamne devant Dieu et les hommes,  pour son intention criminelle contre un écrivain qui n’a tué, ni agressé personne.  

Toutefois, si Kamel Daoud a pu choquer, ou scandaliser par l’audace de sa pensée ou de sa parole, dans notre pays à majorité de musulmans,  il faut rappeler que la liberté de conscience est le fondement de l' Islam, clairement soulignée ici: « " Quiconque le veut, qu’il croie, et quiconque le veut qu’il mécroie. " (sourate 18 verset 29).  

Par ailleurs, je crois en mon âme et conscience,  que les idées ne peuvent être controversées que par d'autres idées. Et la diffamation, le dénigrement et les injures personnelles, ou contre un groupe de personnes, un peuple, visant l'ethnie ou la religion, doivent être combattues par un recours à la Justice.

Cela dit, j’aurai souhaité un communiqué du gouvernement pour condamner cet appel au meurtre  contre un citoyen qui n'a fait qu'exprimer son opinion dans un livre - qu'on est libre d'aimer ou pas.  Maintenant, si un attentat se produisait contre Kamel Daoud, le pouvoir en serait responsable... Car, qui ne dit mot consent ! Et  c'est grave. Cette condamnation publique proférée par un parti salafiste ( qui existe, même il n'est pas agrée) - va créer un précédent tragique, si elle demeure  impunie par la loi!

Kamel Daoud, Arabe sans le Savoir... chez Ruquier.

" La littérature est une affaire sérieuse pour un pays, elle est au bout du compte, son visage." ( Louis Aragon)


KAMEL DAOUD, sur un plateau télé en France, nous change agréablement d’un Yasmina Khadra, avec ses airs arrogants, frisant l’agressivité, et son étrange (pour un écrivain francophone ?) verbe incohérent au français approximatif… Bref, le maintien de K.Daoud, est digne, impassible, avec son air attentif , et son verbe concis, répondant ce qu’il faut, sans se laisser démonter par le brillant et intrépide Aymeric Caron, qui l’interpelait sur l’ Algérie, et la cause Palestinienne, selon lui, durement malmenées dans son roman « Meursault, contre-enquête » …
Je dois avouer que j’aime bien Kamel Daoud. Pour le ton intentionnellement provocateur et le style d’écriture de ses « chroniques », qui me l’ont fait classer, depuis longtemps, comme un des meilleurs journalistes algériens, ayant un vrai talent littéraire et donc promu à un bel avenir d’ écrivain !

Mais soudain, voilà que dans son premier roman, finaliste du Goncourt en France, notre chroniqueur s’éclate, en entrainant avec lui, le peuple algérien, la Palestine… et le Coran ! En effet, dans ce face-face avec les journalistes, ses réponses, sur les sujets de la religion, l'arabité, et le colonialisme, il confirme ce qu'il a écrit.
« La colonisation a été une violence… C’est une blessure qui fait partie de mon histoire »

«l'arabité est un patrimoine, c'est une culture. L'arabe, ce n'est pas une nationalité, c'est une culture, une domination, une colonisation».

«La religion est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers Dieu à pied, s'il le faut, mais pas en voyage organisé».

Mais là où K.Daoud, semble être gêné aux entournures, c'est sur la Palestine. A cette question, sur ce pourquoi n'est-il pas solidaire avec la Palestine et Ghaza,  Kamel Daoud répond:
«Si la solidarité était au nom de la race, de l'ethnie ou la confession religieuse, je ne suis pas solidaire. Maintenant, si on revient à la Palestine comme une injustice et de colonisation, là, je suis solidaire».

Autrement dit, il prend la position de  Chalghoumi ( imam controversé de Drancy, qui déclara que "le problème Palestinien ne devrait pas concerner  les musulmans de France") ...

En effet, cette réponse exprime bien tout le souci de K.Daoud de ne pas froisser l'establishment sioniste ( grand manitou de l' octroi de récompenses littéraires, et de critiques de presse "élogieuses"!). Ne sait-il pas qu'il s'agit d' un peuple subissant plus qu'une simple colonisation, mais un nettoyage ethnique, par massacres ponctuels, intermittents! À mon sens, quand on devient un écrivain célèbre, on a des responsabilités morales envers son propre peuple et un devoir de mémoire intellectuel d’humaniste envers la Palestine, qui demeure, ne l'oublions jamais -une des tragédies les plus abominables de l’histoire contemporaine !

Cela dit, même si je ne suis pas d'accord avec ses opinions, je les respecte . Aussi, qu'il soit bien clair, qu'au delà de mes critiques sur le fond de son roman, je ne retire pas une once à la qualité de son écriture, ni à son vrai talent d’écrivain, que j’aurai toujours du plaisir à lire…

Tout cela pour dire qu’en lisant ce premier roman de Kamel Daoud, faisant le « procès » de Camus, j’ai eu le sentiment que c’était plutôt lui, qui est « l’étranger » et pas A .Camus. Car ce dernier, a eu la loyauté de s’assumer français, malgré son dilemme existentiel. Athée, A. Camus n’a pas trainé dans la boue, les religions monothéistes, ou autre foi de croyants, ni ses compatriotes français!

Enfin, K.Daoud, fallait-il que l’approbation à tout prix de cette intelligentsia française arbitraire, pro-sioniste et anti-arabe, soit pour toi plus importante que ta valeur littéraire, intellectuelle et morale envers notre (le tien, le mien) peuple algérien !?  Tu vois, finalement, le Goncourt, ils ont préféré le donner à Lydie Salvayre ( immigrée espagnole d’ origine) pour son livre écrit  sur des nazis, et sur le franquisme espagnol, en dénaturant (exprès) la langue française avec un titre débile « Pas pleurer », plutôt qu’ à toi "l’Arabe", toujours oublié, sinon réduit à un alibi des esprits "bien" pensant en France. 

 En vérité,  ce ratage du Goncourt que tu méritais d'avoir, prouve qu’ il ne sert à rien d’insulter sa race et la religion de ses ancêtres pour plaire !  Albert Camus,  en transformant un fait divers en une question humaine détachée de toute contingence, nous racontait sa réalité d' étranger dans une terre qu'il avait déjà quitté dans son imaginaire. Quant à toi, il semble que c'est plus un procès que tu te fais à toi-même, plutôt qu' à Meursot, l'assassin de l'Arabe" sans nom, de si j'ose dire, de l' Etranger Camus..
En effet, ton « mal-être », ton désaccord, comme la majorité des algériens, avec l’islamisme intégriste, et l’apathie de notre peuple, sont lancés avec des mots lapidaires, que j’ai relevés en vrac dans ton texte:
- Au sujet d'Alger. «Cette capitale grotesque qui expose ses viscères à l’air libre m’a semblé la pire insulte faite à ce crime impuni...Dieu que je déteste cette ville, son monstrueux bruit de mastication, ses odeurs de légumes pourris et d’huile rance ! Ce n’est pas une baie qu’elle a, mais une mâchoire» (p. 149)
- Les Algériens : «l’accoutrement : djellaba et claquettes», «le tapis sous l’aisselle», «cette hâte hypocrite des fidèles vers l’eau et la mauvaise foi, les ablutions et la récitation» (p. 79), «l’oisiveté de tout un cosmos devenu des c... à laver et des versets à réciter» (p. 79). Tous, «chiffonnés, négligés, sans soins, sans élégance, sans soucis d’harmonie». «La voix de l’imam qui vocifère à travers le haut-parleur» (P 79), «Leur marmaille grouillant comme des vers sur mon corps» (p.79).
La mosquée : «Un minaret hideux qui provoque l’envie de blasphème absolu en moi... Je suis tenté parfois d’y grimper, là où s’accrochent les haut-parleurs, de m’y enfermer à double tour, et d’y vociférer ma plus grande collection d’invectives et de sacrilèges...» (p.149).
Le Coran : «J’ai toujours cette impression quand j’écoute réciter le Coran. J’ai le sentiment qu’il ne s’agit pas d’un livre mais d’une dispute entre un ciel et une créature (p. 75-76) plus loin : «Je feuillette parfois leur livre à eux. LE LIVRE, et j’y retrouve d’étranges redondances, des jérémiades, des menaces et des rêveries qui me donnent l’impression d’écouter le soliloque d’un vieux gardien de nuit...» (p. 81)
.Je dois dire que ces passages, loin de m'offusquer, m'ont fait rire, comme lorsqu'on se critique "entre nous" algériens - ne dit on pas qu'"il faut laver son linge sale en famille"? Mais en songeant à certains français, racistes et islamophobes, j'avais le coeur serré à l' idée de ce "cadeau" que tu leur fait avec ce livre...

Pourtant, il semble qu' en dépit de ce tableau noir, censé plaire au lecteur français, ce livre n’a été vendu qu’à seulement 8000 exemplaires ! Comme quoi, un « arabe » le restera pour toujours, en France, quels que soient sa couleur de peau, son dialecte régional ou sa fortune, n’est pas ?

En vérité, ne peut devenir Malek Benabi, Rachid Boudjedra, Mahmoud Derviche, ou Amin Maalouf, qui veut... Eux, comme les grands écrivains et penseurs de tous les temps, ont atteint l' universel par et pour le visage de leur pays.

Il n’en reste pas moins, que si Kamel Daoud, parvient à se débarrasser de sa colère et de la 
« haine de soi », je suis sûre, que lui aussi, deviendrait un grand parmi ceux et celles, qui se respectent, en portant haut, leur don du génie créateur de l'esprit humain..