Défis,
Soumission… et Flash-back !
« Moi contre mon frère. Moi et mon frère contre notre
voisin. Moi, mon frère et notre voisin contre les voisins. Nous tous contre
l'étranger. »
(Dicton bédouin)
Hamad Ben Khalifa Al Thani,
en personne
est désormais synonyme du destin qatari !
La carte elle-même épouse la silhouette imposante de l’Emir. Presqu’île (de 11
500 km2) pas plus grande que la wilaya de Khenchela en Algérie, elle se dresse telle une protubérance sur le Golfe
Arabo-Persique, défiant à la fois, l’Arabie Saoudite et Bahreïn par derrière, et l’Iran qui lui fait face.
Lui, c’est l’antithèse du proverbe bédouin. Contre le père, le frère, le
voisin, puis les voisins, mais serré tout contre l’étranger, il se recrée dans
le défi, à contre courant de sa propre image.
1-
Défis
constructifs
Un des
enseignements de l’Islam, proposé aux croyants, est l’effort personnel contre ses
démons intérieurs, à travers l’Istijhad (le « grand Jihad » pour perfectionner
tout ce qui est créé, que ce soit lui-même ou le monde. S’améliorer et
améliorer la société : par le cœur, par la langue, par la main tel est le
grand combat spirituel , éthique et progressiste qui prime le Petit Jihad, par l’
épée, qui ne concerne que la guerre, de défense et pas son contraire.
C’est
dans ce sens, que les succès du Qatar dans le domaine de son propre
développement et son impact financier sur la scène internationale, sont
louables. Louanges d’ autant plus méritées, que ce micro-état, à l’image de ses
voisins du « Khalij », n’ayant pour unique ressource que les
hydrocarbures dans des terres lilliputiennes, arides, peuplées de populations à
peine éduquées, a consacré, la manne financière
au service de l’avenir, en préparant lentement, mais sûrement l’après pétrole. C’est
ainsi que dans le désert, ils ont crée des jardins, construit des écoles, des
universités, des hôpitaux, des bibliothèques, des musées, jusqu’à la haute
technologie, pour arriver au niveau des pays développés.
Songeant à
mon pays l’Algérie, qui possède autant de richesse, sinon plus, que le Qatar,
et la chance d’avoir un immense territoire fertile, je trouvais les qatariens
chanceux d’avoir un tel homme audacieux à la tête de leur pays.
Mon
sentiment était sincère. Tout comme, jadis j’admirais la modernisation et le
progrès de l’Arabie- saoudite, les Emirats-Unis, le Koweït, que j’avais connus
– archaïques à la fin des années 60, et
retrouvés en plein essor, vingt ans après – en ce IIIe millénaire, j’étais
heureuse que le peuple qatarien connaisse aussi son moment de gloire économique.
C’était d’ autant plus réjouissant, que le petit Qatar devenait une espèce de « veau
d’or » devant qui, des leaders européens, avec leurs envoyés « spéciaux »,
leurs industriels et hommes d’affaires affamés par la « crise »,
faisaient des ronds-de jambes. Aussi, regarder l’émir promener sa dégaine de
bédouin sans complexes dans la « cour des grands » était comme une de
revanche sur l’islamophobie et le mépris de l’Arabe dans la paranoïa
identitaire de l’Occident
Tout cela, ajouté au spectacle surréaliste de
la ravissante Cheikha Moza, hier encore portant le tchador, poser
majestueusement en veste et bicorne traditionnels de l'Institut de France, recevant l'épée d'académicien des mains du
Secrétaire perpétuel, sous les tambours de la garde républicaine ! Plus
de « chocs des cultures »… sinon des noces dignes d’un conte de
fées ! Et je riais des superlatifs dithyrambiques sur le « génie du
« roi » du Qatar », la « grâce féerique » de la
« reine Moza », roucoulés par les médias sérieux et la presse
« People » de l’Occident, en me souvenant du Shah d’ Iran et Farah
Diba, sous la même adulation parisienne…
Et souriais en pensant à un proverbe algérien : « L'argent
fait un chemin
dans la mer »… Ici fini le conte de fée, et commence la
« mère » de toutes les soumissions,
- 2- Soumission contre
gloriole Comme Pétrole contre nourriture*…
« Et ce que l’on faisait autrefois pour l’amour de Dieu, on le fait
maintenant pour l’amour de l’argent, c’est-à-dire pour l’amour de ce qui donne
maintenant le sentiment de puissance le plus élevé et la bonne conscience.» Nietzsche
Soudain le masque tombe, le roi est nu ! Mon sourire s’est figé
dans l’horreur, désormais fixée dans ma rétine … En effet, l’amertume, sinon l’épouvante a
succédé à notre enthousiasme pour ce que l’on croyait être le «printemps arabe »
de 2011. C’était le chaos.
Ces révoltes populaires avec leurs lots de morts, de
casse, animées par un réactionnaire, tel Youssef el Qaradawi, et par le
sioniste Bernard.H.Lévy, pour renverser les dictateurs en Tunisie et en Egypte,
apparaissaient comme une préparation des esprits à l’horreur pétrifiante qui
allait se dérouler en Libye !
Ensuite le carnage suivra en Syrie…Il ne s'agit pas d' être pour ou contre un dictateur, mais de désavouer absolument une guerre civile ravageant des vies humaines, les structures vitales de son pays, sous prétexte d'en finir avec un tyran!
Chez nous en Algérie, le danger devenait proche, le Sahel … La prise d’otages massive
In- Amenas (Tiguentourine) dans le Sahara. L'Algérie où la déstabilisation du
pays avait commencé par le financement des partis islamistes en lice
pour accaparer le pouvoir.
Parallèlement à l’engrenage programmé du
chaos de ces sociétés, des fatwas lugubres, s’élevant tel un chœur de muezzins
pris de folie, appelaient à l’assassinat de Kaddhafi, de Bashar al Assad, des
élites religieuses, intellectuelles et politiques de ces pays, rendaient
licites la destruction des églises, des mausolées de musulmans, de mariages
temporaires avec des fillettes (notamment à Alep, ville où la beauté des femmes
et un fantasme arabe connu..).
Et derrière chaque escalade vers l'annihilation d’un pays, le
nom de l’émir du Qatar, apparaissait, tel un ogre s’apprêtant à dévorer tous
les pays arabes!
Même el Jazeera, cette chaîne
privilégiée du monde arabe, se révélait aussi fausse qu’un décor de
carton-pâte ! Une « télé internationale Arabe » dont rêvaient les foules arabes, tant frustrées
par la partialité des médias occidentaux, jointe à la médiocrité intellectuelle
et la langue de bois politique de leurs médias aux ordres ! Et qui nous
avaient tenue en haleine par ses
reportages en direct d’Afghanistan avec ses scoops sur Ben-Laden, ainsi que sa
couverture magistrale sur l’attaque du monstre Israël contre Gaza. On l’aimait
bien cette Al Jazeera là. Aujourd’hui elle n’est plus crédible. A l’image de
son émir, cette CNN de palais, s’est dévoilée à l’aune du « printemps
arabe », dans une partialité malhonnête, allant jusqu’ aux appels au
meurtre éructés par son imam de service, le belliciste Youssef al Qaradawi.
Subitement, c’était le monde à l’envers… celui des arabes et musulmans
désormais livrés à qui paie le plus,
pour les faire s’entretuer plus, au profit du Grand Israël !
Ainsi,
celui que les médias "mainstream" ont sacré « « Son Altesse Sérénissime Hamad Ben Khalifa Al-Thani », et parfois, même «
Empereur », ne se voit-il plus régnant sur 1,9 million
d'habitants dont 80 % se compose d'étrangers, mais suzerain du monde
arabe* ?!
Le rêve de voir un pays arabe se développer et gagner sa
puissance économique sans vendre son âme au diable, est-il finalement une
utopie ? Une déception dans le genre de ce proverbe amère de mon
pays : « echeikh elli ktna3na fih ennya, choufnah fe tbarna
yesker » - (le cheikh en qui nous avons déposé notre confiance, on la
trouvé dans un bar entrain de s’enivrer)…
Nasser,
Boumediene, Arafat, le roi Fayçal Al Saoud, ne se répèteront donc plus jamais
dans l’histoire du monde arabe !
D’où que tu te retournes, il n’y a que
des marionnettes présumées leaders arabes, et ou musulmans. Même Obama avec son
« we can » a bien trompé son monde. Le sien et celui des
palestiniens. Peuple américain et palestinien soumis à Israël. Les premiers
abrutis par leurs médias, et appauvris par toutes les guerres au nom d’Israël,
les autres, opprimés par Israël, sous le joug de l’Ordre International de
l’Injustice, euro-américain.
L’émir lui, ne se cache plus pour témoigner son allégeance
à Israël, ni pour cracher sur la blessure ouverte de la Palestine dans le cœur
du monde arabo-musulman, comme il l’a dit, lors de la 4e
conférence sur la démocratie et le libre-échange à Doha : «Les racines des
problèmes du monde arabe n’ont rien à voir avec le problème palestinien ni avec
la colonisation. Ce sont des excuses invoquées pour retarder les réformes qui
n’ont que trop tardé».*
Alors, une
fois de plus, regardons le cauchemar en face. Ce n’est plus, semble-t-il, le bon émir qui
cherchait pour son pays, une place au firmament mondial de l’économie, mais le
démarcheur du «Grand Moyen-Orient et
Maghreb arabe» du plan sioniste, initié par le gouvernement de George W.
Bush au début de l’année 2004 et repris par Barack Obama. Plus « d’interventions
humanitaires » sacrifiant la vie des boys et l’économie américaine ! Cette fois, par la méthode du « Backdoor » des illuminés de
la Brooking Institution, dont le Think tank veille à Doha, le
« remodelage » va se sculpter par les mains avides d’un émir. En
clair, la « guerre au
terrorisme » sera par ces « terroristes qui adorent la
mort », ou ne sera pas.Et avec l’argent du Qatar.
Le show
peut continuer, OTAN en emporte le sang, du levant au soleil couchant musulman!
C’est
ainsi que l’émir, une fois devenu une « puissance tentaculaire dans le
monde » va jouer un rôle et son contraire. Médiations,
ingérences. Qatar terre d’asile dorée de "l'émir" du FIS ( Front islamique du Salut) algérien, argent coulant à flot pour tout ce qui promet de faire voler son pays en éclat. Les protégés de l' émir doivent être de préférence d’obédience « frères musulmans », avec eux, les Talibans auront
pignon sur rue, dans ce nouveau Qatar " exemple de modernité et de progrès", chanté par les médias occidentaux..
Je n'ai rien contre le fait d'accueillir des exilés politiques, mais quand il s'agit de les organiser en armés "rebelles" pour semer l'enfer dans la vie des peuples innocents, c'est abject! Rien donc, n'est "innocent" dans les largesses de l' émir. Tout semble calculé pour des buts de déstabilisation de l' autre, comme on l'a vu, lorsque pour se venger des saoudiens, il accueillera un de
leurs célèbres détracteurs : Tarik Ramadhan comme directeur du Centre de recherche pour la Législation
Islamique et l’Ethique (CILE). Personnellement je trouve ce brillant intellectuel digne d' être honoré de la sorte, mais quand même on sait bien, que rien n'est donné pour rien...
Mais le pire va suivre avec la mort de milliers de
musulmans de Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie, Sahel, In-Amenas, simples citoyens,
cadres, élites, et djihadistes manipulés inclus, vont souiller désormais de leur sang l’empire financier de l’ émir. Le tout résumé
à travers ces deux extraits d’articles.
*«Le chef d'état-major du Qatar, le général Hamad ben Ali al-Attiya, a
notamment indiqué que des
centaines de soldats qataris ont participé aux opérations militaires en Libye
aux côtés des ex-rebelles »
Mais aussi, dans
son édition du mercredi 6 juin 2012*, le Canard Enchaîné affirme que « l'émirat du Qatar
serait un soutien financier de poids pour les différents groupes islamistes qui
ont pris le contrôle au Mali ».
Et Jeune
Afrique* : « Selon l'ONU, les combattants tunisiens en Syrie
seraient au nombre de 3 500 et constitueraient 40 % des effectifs djihadistes.
Même des handicapés moteurs auraient été enrôlés, ainsi que des jeunes femmes.
Selon Abou Koussay, de retour de Syrie, treize jeunes Tunisiennes ont été
endoctrinées pour mener le « jihad de nikah », qui revient à
satisfaire les désirs sexuels des combattants ».
Quel gâchis !
Cet homme là, aurait pu gagner
le cœur de tous les arabes, et
musulmans et mériter une réputation plus
digne dans la puissance financière mondiale,
au lieu de pratiquer l’ingérence en profitant de sa richesse pour déstabiliser
des pays frères, jusqu’à les amener à l’atrocité de la fitna et la barbarie des morts
fratricides.
Finalement ses ennemis, ne sont pas à l’extérieur du Qatar, mais
près de lui - ses conseillers qui le
regardent détruire ce qu’il a bâti pour son peuple, et pour sa postérité!
3- Flash-back sur l'ascension de l’émir
Qui
est-il ? Un Dr Jekill pour les Occidentaux, et
Mr Hyde pour les Arabes ?
Ou les deux à la fois, pour tout le monde ? Un homme qui a
trahi une fois (son propre père) trahira toujours? Mais ne jugeons trop vite sur les apparences, faisons comme disait Malraux :
« La vérité d'un homme, c'est d'abord ce qu'il cache. ».
C’est ainsi que je l' ai vu le première fois, pratiquement « caché » derrière
des personnalités des pays du Golfe !
C’était
lors d’une réception diplomatique en l’honneur de la visite d’un chef-d’ Etat
arabe au Royaume-Uni. En ce jour de la fin des années 80, si on m’avait dit que ce Cheikh corpulent tenant
serré contre lui les pans de sa abaya immaculée, en attendant avec déférence
son tour pour saluer l’hôte de marque, –
allait un jour, devenir la star de toutes les agoras médiatiques du monde
occidental, je ne l’aurai pas cru !!
Il était bien l’héritier du Cheikh régnant du Qatar, mais
perdu, inconnu derrière les officiels des Emirats, et des
« vedettes » médiatiques de cette époque, dont les plus connus était
le Cheikh Zaki Yamani, le ministre saoudien du Pétrole et des
Ressources minérales. Une réputation internationale. Et
le discret et néanmoins plein de classe, l'érudit Prince Fayçal ben Saoud, ministre des affaires étrangères de l' Arabie saoudite, qui tous deux,
faisaient alors palpiter les médias
occidentaux.
En ce temps-là, j’avais commencé à compiler des notes sur
le monde arabe et musulman en prévision de la rédaction de mon livre.
Entre autres sources relatives à cette recherche, j’avais et encore
aujourd’hui, des relations avec des parentes, (en place ou exilées) de certains leaders dirigeants du monde
arabe. Par respect de la vie privée des
personnes, quel que soit leur statut
je ne mentionnerai rien d’autre, que ce qui pourra aider à mieux
comprendre, un personnage aussi controversé que l’émir du Qatar.
Une des choses que j’ai
apprises à son sujet, était
l’autoritarisme du caractère du père envers ses enfants, et plus
particulièrement son deuxième fils, l’impétueux Hamad, qui n’était pas
très porté sur les études… Exclusif et
possessif, il supportait difficilement la prépondérance du rang dans le clan familial, de son demi-frère aîné.
Celui, ci, Abdelaziz ben Khalifa
ben Hamad Al-Thani*, (1948, ministre du pétrole et des finances
1972-1991), sociable et dynamique, bon orateur et honnête, avait notamment
comme son père, une conception plus diplomatique que guerrière dans leurs
relations politiques avec leurs voisins… particulièrement l’Arabie Saoudite, qui lorgnait certains bouts
de leur minuscule territoire.
Aussi, la légende « du douanier anglais qui demande au jeune
émir : « où se trouve le Qatar », a t-elle bien fait rire,
une de ses proches parentes à qui je demandais si cette histoire est authentique !
En effet cette blague inventée par son marketing d’image, est grotesque,
sachant le jeune prince qu’il était durant ses études en Angleterre, avait sûrement un passeport diplomatique, ce
qui exclut ce genre de réflexion ! Par ailleurs, c’est plutôt avec avec les américains, ignorants du reste du monde, que généralement les arabes
et africains affrontent ce genre question bête. Les anglais, eux, connaissent
« par cœur » leurs anciennes possessions coloniales, et
particulièrement le moindre des petits émirats du Golfe, et par conséquent ne
se hasarderaient jamais à faire preuve d’ autant d’ignorance.
En vérité, pour le jeune Hamad, les complexes de
« grandeur » pour dire l’ambition revancharde, n’ ont pas commencé
avec un « douanier anglais », mais à l’ ombre d’ un père dominateur, et d'un demi frère aîné ( Abdelaziz) rival potentiel, ainsi que de l' Arabie saoudite ( ancien maître du Qatar), en plein essor politique.
Le père Cheikh
Khalifa ben Hamad ben Abdullah ben Jassim ben Muhammad Al Thani, (né en 1932),
a été le premier, parmi les Cheikhs régnants qui l’ont précédés - à prendre le pouvoir en destituant son
cousin, Cheikh Ahmad ben Ali Al Thani (1960-1972) - qui n'avait que 52 ans, et à changer ainsi, la lignée héréditaire du
pouvoir.
Pour rendre à chacun le mérite qui lui est dû,( qui est justement l' objet de cet article)
il
faut dire, que c’est avec le cousin, issu du père fondateur de l’émirat, à
savoir le Cheikh Ahmad ben Ali que commença de fait, la découverte et l’exploitation
des gisements de pétrole, ainsi que l’embryon de la modernisation du système
d’administration de l’Etat. C’est ainsi
que des ministères furent crées, dont celui des finances, et la nomination de Cheikh
Khalifa (père de Hamed) comme Premier Ministre. Ce dernier, peu à peu prit
de l’ascendant sur les affaires du pays, et fini par chasser son cousin du pouvoir en le renvoyant en exil, à Dubaï, que le pauvre Ahmad abandonna pour
aller mourir à Londres en 1977, (année du mariage de l’actuel émir avec Moza)…
Cependant, contrairement à la légende «d’émir
conservateur », le papa Cheikh
Khalifa, était au contraire pétrit d’un esprit
entreprenant, innovateur, et une volonté d’aller de l’avant pour
moderniser son pays, afin ne plus rester à la traîne des voisins des émirats- unis, et surtout l’Arabie Saoudite qui se développait et prenait de l’importance sur la scène internationale.
Il se mit au travail pour réorganiser le gouvernement, en nommant un ministre des affaires
étrangères, établit des relations
diplomatiques avec l’Union soviétique en 1988, et la Chine. Tout cela en
construisant une base industrielle afin de réduire la dépendance du pays au
secteur pétrolier. Et l’année où il est renversé par son fils, il laisse un émirat
prospère avec un des revenus les plus élevés per capita dans le monde.
Homme, prudent, marqué par les conflits territoriaux avec le
Bahreïn (ancien occupant de la partie Nord du Qatar) et les litiges avec de
l’Arabie Saoudite au sujet des îles les plus stratégiques riches réserves
pétrolières potentielles, il avait prit
le soin de renouer les relations diplomatiques
avec l’ Irak et l’Iran. Tel un
funambule, il n’eut de cesse à ménager la chèvre et le chou, afin de préserver
son pays, des convoitises de ses voisins. Durant la première guerre du Golfe,
en 1991, Cheikh Khalifa, va autoriser les Etats-Unis à opérer depuis son territoire pour lutter contre les
forces irakiennes qui avaient envahi le Koweït,
mais il s’oppose à la chute de Saddam Hussein, qui pour lui,
représentait un rempart contre l’expansion de l’Iran chiite. Ses conversations
avec son fils, alors ministre de la défense, étaient houleuses sur ce sujet. Et
le père prédisait, que si Saddam Hussein était renversé, ni l’Arabie Saoudite,
ni aucun des émirats du Golfe ne dormiraient tranquilles !
Mais son fils, Hamad, formé
à l'Académie royale
militaire de Sandhurst, et choisi finalement au détriment du frère
aîné Abdelaziz, comme prince héritier et
ministre de la défense, se fichait bien de l’Irak et l’Iran, il n’était obsédé
que par l’hégémonie de l’Arabie Saoudite
sur les pays du Golfe ! Car, Il n’oubliait pas la prétention des
saoudiens sur le sud du Qatar, et leurs
visées sur Khor-al-Udeid (d’ailleurs, c’est
non loin de là, qu’il a choisi l’emplacement
de la station américaine de la
Base Al-Udeid – qui est le poste avancé
du CENTCOM ( Commandement central américain ). Il gardait aussi en
mémoire le
dernier conflit territorial qui les a opposé une fois de plus, le 30 septembre
1992 à Al Khofous, faisant
plusieurs morts, (par la faute, dit-on, de
Hamad, qui choisi la manière forte pour résoudre le problème, au lieu d’écouter
son père qui préférait négocier à l’amiable).
Le ressentiment de Hamad, envers la monarchie saoudienne, était d’ autant vif, qu’ en plus d’être la
première de la péninsule, avec ses plus de 200.000 soldats, l’Arabie Saoudite
s’étend sur un territoire qui fait 2 149 690 km² -(le deuxième, après
l’Algérie : 2 381 743 km2, des pays du monde arabe) et 30 millions d’habitants… Dans ce
contexte, le jeune Hamad, ne songeait qu’aux moyens de rendre le
Qatar suffisamment armé pour assurer sa puissance dans la région,
et traiter d’égal à égal avec les orgueilleux monarques saoudiens. Surtout qu' à cette époque, il avait affaire au roi Fahd, autoritaire et ferme, et donc, autrement moins flexible et accommodant que l'actuel toujours souriant roi Abdallah!
Grâce à l’aval de son père, Hamad a déjà effectué un vaste programme pour moderniser l’armée du Qatar en
créant de nouvelles unités en son sein ; il a renouvelé tout l’arsenal
militaire, augmenté le recrutement de la
main-d’œuvre en veillant à sa formation. L’armée, c’est lui ! Hamad rêve
d’un Qatar puissance régionale, voire d’un « Khalifat » sunnite, virtuel, du Golfe à
Tamanrasset !! Au contraire de son
père, attaché à son modèle « suisse », ou celui de Brunei, pour faire du pays, un havre de paix,
moderne et prospère, quitte à placer sa
sécurité sous l’ aile de l’ Occident, mais à des conditions de non-alignement
belliqueux.
Décidément, tout sépare le père et le fils ! Le clivage entre eux, s’est encore accentué depuis les
noces de Hamad avec Moza. Ce fut le choix insistant du père, pour venir à
bout de son adversaire politique, Nasser Al Missned, qui clame publiquement,
que les richesses du pays devraient être équitablement partagées dans le pays,
et que l’émir Khalifa a usurpé de vile manière le pouvoir de son cousin, qui lui, représentait la lignée directe du père
fondateur de l’émirat ! Il fut jeté en prison, puis exilé. Ensuite, pour monnayer
son retour au pays, il y eut des transactions de « réconciliation »
entre les deux familles, qui ont abouti à ce mariage, qui finira par distancier
Hamad de son père… Ce dernier devait certainement penser à ce verset du
Coran : « Inna kaydahunna 3adhim! » ((Sourate Yusuf, 28) « C'est bien de votre ruse de femmes
! ».
Je laisse le chapitre de Cheikha Moza, au prochain volet
de la trilogie Qatarienne, pour aborder
les principaux défis de Hamad, qui ne sont pas ce que l’on croit, ou que font
croire, les analystes et médias occidentaux,
passablement obnubilés par les milliards et les investissements boulimiques de l’Emir !
Chez notre « héros » du jour, atteindre la réalisation de
ses « rêves », fut un long travail de réflexion et d’organisation. Bien qu'il semble le nier, je rappelle encore que c'est son père qui fut le premier à poser les jalons de la
modernisation du pays, de sa sécurité et
du développement d’une économie diversifiée capable de survivre à l’après-pétrole,
mais tout cela dans la recherche constante du dialogue et de la paix avec les
pays voisins tels l’Arabie Saoudite, l’Irak, et l’Iran. Or, Hamad, devenu ministre de la défense et officiellement prince
héritier, voilà que le pouvoir le
rendait avide, égoïste et prétentieux. Il avait réussit à évincer son frère
aîné du titre de prince héritier, maintenant, c’était le tour de son géniteur.
Le 27 juin 1995, il destitue son père parti se soigner en Suisse.
Prévenant le courroux vengeur de son père contre l’humiliation de
sa trahison, Hamad va engager tout un
cabinet d’avocats américains pour congeler tous les comptes en
banque à l’étranger de son père et ainsi lui ôter toutes ses possibilités de
contre-attaque. Mais rongé par l’humiliation et la maladie, Cheikh Khalifa,
perdit peu à peu toute velléité de lutte. Aidé par des cousins, il termina sa
cure en Suisse, puis se rendit en France, et plus tard, à Abu Dhabi, jusqu’à ce
que vieillissant et à bout de force, son fils consentit enfin à son retour au
pays en 2004. Son aîné, Abdelaziz*, tentera de renverser son frère, mais il
échouera, sans quitter son exil en France. Ce qui explique sans doute, l’obsession
possessive de l’émir Hamad pour ce pays…
Il faut signaler, qu’étant héritier en titre, il aurait pu attendre
la mort de son père, pour prendre sa succession.
Mais les choses changèrent quand il se maria avec l’intelligente
et audacieuse Moza, qui n’oubliait pas les souffrances endurées par son père à
cause de son beau-père Cheikh Kalifa… Celui-ci, quant à lui, avait, comme bien des membres proches de la
famille, décelé le ressentiment de sa bru envers lui, en même temps que l’amour profond que son fils vouait à Moza. Cheikh Khalifa, conseilla d’abord à son fils
de prendre une 3e épouse, ensuite, des sources sûres allèguent son intention de désigner l’aîné Abdelaziz, comme Prince
héritier, en laissant la défense nationale à Hamad… à son retour de Suisse !
Mais Hamad, en tant que chef des armées, avait tissé des
liens étroits avec les américains.
Aussi, depuis la deuxième guerre contre l’Irak, avait- il a eu le temps de fignoler son plan de prise totale du
pouvoir, pour lequel, il avait le feu vert de ses soutiens anglo-américains.
Débarrassé
de son père, il pouvait enfin conquérir
le monde. A l’ horizon, plus de Fahd Arabie saoudite, ni de Nasser, Boumediene, le coriace Hafez de
Syrie, ni ce descendant du Prophète, nommé Hussein de Jordanie, ni Moubarak
qui se croyait l’ unique « élu » du monde occidental, ni Mouammar Kadhafi, qui a osé l' humilier , devant tous les gouvernants de la Ligue Arabe !
Al Thani, pour Thani ( 2eme) - comprendre ses obscures complexes: "second" par la signification du nom de la dynastie du Qatar; par sa position de cadet dans la lignée paternelle, et en étant de plus, la dernière roue de la charrette arabe des riches pays du Golfe - c'est terminé!
Désormais, son rêve prend la forme du vide même, de tout leadership dans le monde arabe et musulman... Il
sera le
leader suprême de
sa tribu, maître du pays, et qui sait un jour:
Hamad 1er du Qatar - 102e* Khalife ( ou Calife!) d’une nation, dont tous les pays
seront sous la gouvernance de ses Dey « frères musulmans », ou Bey ( comme bay'a, allégeance en arabe).
Quand on est à la tête
d’un pays, certes « micro-état » – mais qui représente la troisième
réserve de gaz dans le monde, après la Russie et l’Iran, et dispose de réserves
pour plus de deux cents ans, avec de
plus, non loin de son palais, le commandement central des forces américaines (CENTCOM) , ainsi
que le plus grand dépôt d’armes américaines du monde hors du territoire des
Etats-Unis, avec en plus, une " légion islamiste arabe" (comme celle qu' avait formé Ben Laden, en Aghanistan!) ... on ne craint plus personne!
Qui sait, Hamad serait-il à l’abri d’un coup du destin comme
celui de ses deux prédécesseurs ? S’il ne craint plus personne parmi les humains, qu’en est-il
du Tout Puissant ? Puisque l’émir est censé être un musulman, a-t-il pensé
à ce hadith : « le contentement de Dieu se trouve dans le contentement du père et Son mécontentement dans le mécontentement du père »… et cet autre, aussi terrible :
"La fitna sommeille dans chacun d’entre vous. Maudit soit
celui qui la réveille ".
Par ailleurs, Hamad, sait-il que le réveil a déjà sonné? Par les
réseaux sociaux, Face book ou Twitter et presse alternative,
la majorité des internautes arabes et musulmans, pas seulement
les modernistes, mais aussi des « islamistes » rejettent
l’ ingérence de cet émir qui à l’ image du sinistre Bush, cherche à faire
régresser leurs pays à l’ âge de pierre, pour faire rentrer le sien dans le
monde « civilisé » du développement et de la reconnaissance
internationale.
Pour ma part, faisant mienne cette
phrase de Beaumarchais : « sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge »,
je n’ai cherché
qu’à être le plus près possible de la vérité. Ayant été témoin et parfois protagoniste
de certains évènements durant la grande époque des nationalismes libérateurs de
nos pays, il est de mon devoir de mémoire,
envers les jeunes générations de nos pays, de livrer ce que j’ ai vu et appris
à la source de la réalité des personnages et des évènements que j’ai connus
bien avant qu’ ils ne deviennent des « sujets » d’actualité.